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Il m’est difficile d'oublier les quelques détails, de ma vie à Bizerte ainsi que les nombreux souvenirs que je vais vous liver, et qui remontent dans ma mémoire. Mon école C’était à l'époque ou j'étudiais à l'école de filles VIGNE dans la Rue d'Espagne, nous étions de confession Juives, Musulmanes ou Catholiques, mais toutes de très bonnes amies. J’étais une assez bonne élève, mais très turbulente. Je ne prenais pas mes études au sérieux, et révisais à la dernière minute pour foncer au moment des examens. Je n'aimais pas les maths, mais j'adorais l'histoire, la géographie et surtout les sciences. Plus d'une fois j’ai été punie par ma maitresse Mme RICHET qui me mettait en retenue, ou qui m'obligeait de venir faire mes devoirs le jeudi, jour de congé pour toutes les élèves. Dans la religion juive, le samedi appartient aux filles, mais comme mes parents n'étaient pas très pratiquant, ils m'envoyaient à l’école. C’est avec impatience que j’attendais Dimanche, mon vrai jour de congé, la bonne fin de la semaine. Un jour, en classe, en cours de Grammaire, mon livre (Le Bled) était grand ouvert sur la leçon du jour. Je m’ennuyais et ne pensais qu’au Dimanche qui arrivait. Je décidais de faire des bulles dans mon encrier qui se trouvait encastré dans mon bureau J’ai arraché une feuille de mon cahier, et roulée pour en faire une paille. La maitresse, écrivait sur le tableau. J’en ai profitée, mais au lieu de souffler comme prévu, j’ai aspirée. L’encre à envahie ma bouche et traversée la gorge. Il fallait que je sorte très vite et surtout sans attirer l’attention de la maitresse qui était assez sévère. J’ai suppliée ma voisine de bureau de demander à ma place la permission d’aller aux toilettes. Madame GASTA, qui était également la Directrice de l’école des filles, suspecta quelque chose de pas normal, et me demanda la raison pour laquelle c’était ma copine qui faisait cette demande à ma place. J’avais ma main devant la bouche et ne pouvais répondre. D’un geste brusque, elle me la retira et resta toute étonnée de me découvrir toute barbouillée. C’est sous les rires de la classe qu’elle me mit dans un coin de la classe et rajouta comme punition cent fois la phrase ![]() Mes loisirs Avec mon argent de poche, je louais une bicyclette et je sortais avec mes meilleures amies qui habitaient dans le même quartier que moi, pour des parcours dans tous les environs de BIZERTE. Nous allions jusqu'à la porte de Mateur, vers la plage où la route était très large, au Sport Nautique où l'on faisait la connaissance des beaux gosses de l'époque. Je m’achetais des friandises comme les bombollonis [beignets au sucre] ou des pommes caramélisées (Pommes d’Amour). Parfois, nous prenions le bac, et nous faisions trois à quatre fois la navette car c'était gratuit. Nous avions nos petites bouteilles de cidre avec nos sandwichs et ont jetaient des miettes aux poissons ou aux mouettes. Dés l'âge de 16 ans et avec la permission de mes parents, j’allais aux surprises party organisées chez mes amies. Evidement il fallait que je sois rentrée pour 7 heures du soir. Je n’avais pas le même privilège que CENDRILLON qui pouvait rester jusqu’à minuit. Pour cette occasion, je me préparais bien à l'avance. Le samedi soir, je mettais les bigoudis de ma mère, repassait une chemisette ou une robe et cirais mes chaussures sans talons car j’étais déjà haute en taille. On parle souvent des jeux de garçons, mais permettez moi de vous parler des jeux de filles. Le carré : Il se pratiquait sans que l’on ai besoin de grand-chose. Une craie, un peu de place une boite vide de pastille Valda, de cirage ou à défaut d’une pierre plate. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le carré n’était pas carré et ressemblait plus à un avion fait de 8 rectangles identiques, ou à un escargot avec ses 10 cases. Ce jeu se traçait dans la cour de l’école, sur un trottoir sur la route ou toute surface goudronnée. Pour commencer, il fallait lancer le palet sur le numéro 1, sauter par-dessus, et parcourir en sautillant toutes les cases après avoir fait demi-tour au « Ciel ». Pour la deuxième partie, le palet était poussé de case en case, toujours en sautillant et sans toucher aux traits. Je crois qu’il est encore d’actualité je le découvre parfois encore dessiné dans divers endroits de ma ville PETAH TIKVA en ISRAËL. Il y avait aussi la corde à sauter, Colin Mayar, le ballon prisonnier, etc. qui sont encore pratiqués. Mon père : Tous les samedis, mon père se rendait avec ses amis de bureau au « Café Riche » ou au « Bosphore » prendre un apéritif avant de rentrer à la maison où l’attendait le repas, généralement la poule au pot, que ma mère avait préparé. Il n’oubliait jamais de lui porter un petit bouquet de jasmin, fleur symbole de la Tunisie. ![]() Après le repas, venait l’heure de sa sieste et les six enfants que nous étions, devions ne pas faire le moindre bruit sous peine de nous voir refuser l’argent de poche que nous attendions avec impatience à son réveil. Pour éviter ce risque, on montait sur la terrasse de notre immeuble avec pour les 3 garçons des bandes dessinées de Zorro, Tintin, Hopalong, Cassidy, Tarzan et pour les 3 filles des magazines comme, Nous Deux, Intrépide, Confidence ou Intimité dans lesquels on découpait la photo de nos acteurs préférés. Moi j’avais le béguin pour Jean-Claude PASCAL, Raymond PELEGRIN, Michèle MORGAN, Victor MATURE et d’autres dont je ne me souviens plus des noms. Dans une grande boite de carton, on découpait de chaque côté une fente et sur la face avant un trou en forme d’écran. Nos films étaient composés d’images ou d’histoires à suivre que l’on collait pour en former des rouleaux que l’on faisait passer devant la fenêtre. Il y avait aussi les « ombres chinoises ». C’était pour nous des jeux intéressants, mais si aujourd’hui nous les proposions à nos enfants, je crois qu’ils en riraient. Pourtant c’est comme ça que nous passions notre temps et nous étions heureux. Le marché [le souk] de Bizerte En surfant sur le site LAC DE BIZERTE, j’ai découvert des photographies sur le souk de Bizerte, avec toutes ses sortes de viandes, volailles, légumes, fruits et poissons. Cela m’a remis en mémoire les odeurs et l'ambiance qu’il y avait entre les acheteurs et les vendeurs. ![]() ![]() J’y allais souvent avec ma mère, et pour arriver plus vite au marché, on prenait parfois un « Taxi BEBE ». Pendant ses achats, et pour qu’elle puisse remplir les deux grands couffins que je portais, je restais derrière elle. Lorsqu’il faisait très chaud, j’avais le droit à une « Granite », glace à l’eau colorée au citron ou a la grenadine. Notre retour à la maison se faisait le plus souvent en calèche, car c’était pour moi une aventure et une grande joie que de traverser toute la Rue Jules FERRY. Le jour de marché revenait une fois par semaine et mes frères et sœurs avaient également leurs tours. Ma maison et ma rue La rue de PHILIPVILLE partait de la rue de la REPUBLIQUE, et après avoir traversée la Rue d’ESPAGNE, la Rue d’ITALIE et la Rue de BELGIQUE, aboutissait sur le canal. Notre appartement se trouvait au nœ 8 et donnait directement sur le port. De mon balcon, je voyais les paquebots se vider ou se remplir de leurs touristes, les cargos se vidant de leur fret dans une poussière et un bruit assourdissant, mais aussi des bateaux de guerre, des porte-avions, des croiseurs, des sous-marins, des vedettes etc. avec leurs équipages qui embarquaient ou débarquaient. On avait le droit de visiter ces grands monstres, et on y passait des heures. Ma famille Nous n'étions pas nombreux à Bizerte. Les familles de mes parents habitaient la capital Tunis, les autres étaient déjà partis pour la France après la deuxième guerre mondiale. Ma cousine Odette SETRUK-MSIKA qui était sage-femme, était très bien connue. Dans les années 56-60, nombreuses étaient les femmes qui accouchaient à la maison, et beaucoup de bébés sont nés grâce à son aide. Si la famille n’avait pas d’argent pour la payer, ma cousine recevait en cadeaux de la volaille, des œufs etc. Les automobiles étaient rares à cette époque, il n'y avait que les riches qui en possédaient. Odette avait une Renault 4, comme les « Taxis BEBES », elle en avait besoin et s’en servait pour son travail, surtout la nuit quand il fallait mettre au monde et en urgence un nouveau-né. Son mari qui était armateur avait un dépôt au vieux port. Mon père, après sa sortie de son travail de la Direction des Travaux Maritimes où il travaillait, lui tenait sa comptabilité et faisait des heures supplémentaires. En contre partie, nous recevions gratuitement toutes sortes de poissons. A Bizerte, dans notre famille, nous fêtions les fêtes juives et les fêtes catholiques, comme NOEL par exemple. Nos voisins étaient Italiens, Maltais, ou Français et tous les enfants allaient chercher un sapin pour le décorer chez eux. Nous avions aussi le notre et mon père nous apportait les cadeaux qu'il recevait à son travail. Un souvenir que je ne pourrais jamais oublier : La communion de mes amies. Quelles étaient élégantes dans leurs belles robes blanches, coiffées du bonnet que ma mère qui était modiste avait confectionnée en cette occasion pour ces clientes en ce beau jour. Le voile de tulle qui se soulevait selon les caprices du vent. Cela me plaisait énormément de regarder le cortège à la sortie de l’Eglise. Tout cela dégageait une ambiance sacrée. Voila, je crois que j'ai assez raconté; Aussi je vais passer cette page à un ancien de là-bas.
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