
![]() Ecole Blanc jusqu’à 1957. Je me souviens très bien de mes instituteurs et institutrices (sauf celle de CE 1) de CP au CM2. Il y avait Mesdames Frédéricci et Léonetti et Monsieur Pascaud (CM2). ![]() C’est là que j’ai connu mes premiers amours. J’avais 6 ans et j’avais repéré Betty de l’autre côté du mur, à travers les petites fenêtres percées dans le mur de séparation. Ce jour-là, elle regardait les garçons par la même fenêtre que moi. Elle était blonde et ses yeux étaient bleus. Elle était belle et fidèle à nos rendez-vous journaliers ou presque ! C’était au mois de mars, un jour de printemps…On parlait de nos classements respectifs en classe, de nos copines, ou de nos copains. Nous manquions de vocabulaire pour dire le plaisir de nous retrouver. Mais un jour, elle m’annonça son retour en France prévu pour le mois d’août. J’étais triste. Elle aussi. Nous avons pu à la sortie de son école, alors que sa maman l’attendait, nous biser. Il est des amours impossibles ! Et si Betty lit ces petits mots, je crois qu’elle sourira comme moi je souris aujourd’hui à ces merveilleux souvenirs. C’était beau, c’était pur, c’était enfantin, c’était innocent. Même si nos tempes ont blanchies et nos rides apparues, il est des souvenirs gentils qu’on se doit de garder et de stocker dans la mémoire affective. Une autre histoire de filles et confirme que c’est bien Madame Léonetti qui a accueilli sa fille dans sa classe. Ce fut la première à entrer dans une classe de garçons. Elle était un peu seule parmi nous mais nous montrions à son égard, la prévenance qu’il se doit pour des jeunes hommes de 7 ans ! Elle fut rejointe les années suivantes par les filles que nous reconnaitrons sur la photo de CM 2 de la classe de Mr Pascaud et qui se trouve sur le site. Je me souviens d’un camarade tunisien en CM 2, toujours sur la photo du site mais dont le nom m’échappe. Nous le chahutions un peu car il avait 6 doigts à une main. Bizarre ! Non ? Il ne s’en offusquait pas car, disait-il, quand Mr Pascaud, la règle de bois à la main, nous régalait de quelques gentillesses, lui en était dispensé. Du moins il n’accueillait la règle que la main ouverte, alors que nous, nous avions le privilège de joindre les doigts avec interdiction de l’ouvrir quand elle arrivait sur notre menotte. Bons enfants, et naturellement bons joueurs, nous avons accepté, à l’unanimité la faveur qui lui était faite. J’ai toujours eu de l’admiration pour le fils de Mr Pascaud qui était avec moi dans la classe de son père, et n’ai jamais compris pourquoi à la remise des classements et des bulletins de correspondance il lui disait sans autre commentaire : « Nous verrons çà ce soir à la maison ! ». Je n’ai jamais su ce que cet excellent camarade et bon élève aurait à voir en rentrant ! Lors de mon passage à Bizerte, je me suis « recueilli » sur l’escalier qui montait à l’étage où Madame Léonetti avait reçu ma mère et ma sœur aînée. ![]() ![]() Qu’il me paraissait maintenant petit cet escalier qui nous menait à nos classes par ce long couloir ouvert aux quatre vents et maintenant fermé par de larges fenêtres. Il parait que j’étais bavard en classe. Je ne sais pourquoi mais ne fut pas le cas avec Mr Pascaud. J’avais grandi et puis….sa règle faisait mal. Je suis reconnaissant quand même à ma mère et ma sœur d’avoir répondues à la convocation à la place de mon père. Ce dernier avait pris la fâcheuse habitude de m’accueillir avec un nerf de bœuf quand, malgré un très bon carnet, je montrais mon point faible : Le zéro en conduite ! Une image frappante ! Mon premier cortège mortuaire qui passait dans la rue devant l’école à une heure où tous les élèves n’étaient pas encore rentrés dans la cour. Il s’agissait d’un musulman qui selon la tradition avait été entièrement enveloppé dans un drap blanc et porté à bout de bras par sa famille et ses amis sur un brancard de bois richement décoré. Le corps ondulait sous la marche irrégulière des porteurs, donnant l’impression de donner le rythme à l'ensemble. Image dure mais qui reste gravée quand la vie ne nous a pas encore endurcis. J’ai eu le tort, un jour de faire confiance à un camarade. Dans « Détective », le journal des faits divers parfois sinistres, J’avais découvert, la photo d’un homme qui pesait 520 kilos, et qui à l’époque était le plus lourd du monde. Toute l’école l’avait regardée, mais je ne l’ai jamais revu, pas même le papa du camarade qui me l’avait « empruntée ». J’ai aussi souvenir des après midi récréatives où se produisait Guignol. C’était sous le préau juste à côté des toilettes que nous redoutions d’utiliser car c’était des WC turcs ! Lycée Stephen Pichon 1957-1958. Des figures inoubliables de professeurs « Vieille école » : - Mr Pagliano, redouté de tous à juste titre, - Mme Pfiohl, professeur de musique qui a toujours apprécié ma voix mais qui m’a viré de la chorale pour indiscipline : « l’Aurore à peine, blanchit les cieux, salut aux plaines de tes aïeux…. ». C’était les paroles de notre chant de ralliement. Sévère mais juste et nous l’aimions bien. - Mme Léger, professeur d’Anglais non seulement compétente, mais aussi très belle. - Mme Barbier professeur d’Histoire Géo - Mr Laurent, Mr Solal, Je me souviens de la première cérémonie officielle de dépôt de gerbes à la mémoire d’élèves morts pour la France. Nous n’étions que 10, en comptant Monsieur le Surveillant général mais ce fut émouvant. Je crois que ce monument se trouve maintenant dans la cave du Lycée. Peut être que la plaque de marbre commémorant ce souvenir trouverait sa juste place dans un Lycée de Toulon. Sous le monitorat de Mr Laurent, une équipe de hand balles sévissait au Lycée. Moi, petit, je les voyais grands et forts du moins dans mon esprit. Ma carrière de hand baller à Marseille est peut être née sur ce terrain goudronné du Lycée ! Ma première maison. C’était dans la Rue de LA GOULETTE, près de la gare et j’en ai gardé 4 images bien précises : - Les locomotives crachant une épaisse fumée noires, énormes de puissance qui impressionnaient le petit bout de choux que j’étais. - Les silos au bord du canal qui s’élevaient loin vers le ciel aux pieds desquels j’allais pêcher, et où je crois que les poissons ne m’ont jamais craint ! - La mort naturelle de papy Dumas, que j’aimais beaucoup et qui nous donnait beaucoup de bonbons. Le malheureux n’avait pas de famille et il est mort seul dans ses toilettes. J’ai crié à l’injustice pour la première fois de ma vie. - Enfin, la quatrième, mais la plus forte et pour laquelle aujourd’hui je dis encore merci à ma mère. Sur la terrasse de mon immeuble, j’allais souvent jouer ou accompagner ma mère qui étendait le linge. J’avais 3 ans et profitant d’un moment d’inattention, j’ai escaladé le rebord de la terrasse et me suis retrouvé en équilibre dans le vide. J’avais décidé de descendre par l’extérieur. D’un bond, elle m’a rattrapé et retiré d’une situation bien délicate puis remis à ma sœur avant de tomber dans les pommes. Son geste me permet de vous raconter cette petite histoire 57 ans après! ![]() ![]() Une mère, par amour pour ses enfants peut accomplir des miracles ! Pas de fessée ce jour-là. Seulement de grosses bises ! Ma deuxième maison. C’était dans la Rue LESCURE. J’étais plus grand et plus raisonnable. ![]() Lors d’un récent séjour, j’ai revu le quartier et la rue que l’on dévalait en patins à roulettes en partant du cimetière. Elle n’est pas aussi pentue que celle que je voyais dans mes rêves d’enfant. Elle était aussi moins large, le mur de la Caserne Japy moins haut, et les eucalyptus du cimetière moins impressionnants ! Drôle de changement de vision quand l’âge nous gagne ! C’est dans ce quartier que j’ai commencé à aller à l’épicerie faire les commissions. Je parlais arabe couramment mais avec un vocabulaire qui se limitait à quelques mots, toujours les mêmes puisque les menus n’étaient guère variés : beurre, pain, œufs…la prononciation n’avait plus de secret pour le linguiste que j’étais à l’époque. Je revois encore le marchand de vin dont un Bizertin a parlé dans un de ses souvenirs : Mr Pacifico. Une énorme voix et deux gros tonneaux posés dans un coin de sa boutique sombre. Un homme qui aurait pu doubler le Sergent Garcia aux côtés de Zorro. Son picrate était buvable, et en tous cas, il était bu. La pêche aux crabes. Sur la plage de Zarzouna, à 4 mètres du rivage l’eau était claire pas profonde et nous arrivait à hauteur de nos mollets. Nous voyons très bien les crustacés se sauver et s’ensabler. Il ne restait plus qu’à nous baisser, les ramasser avec le sable qui les entourait, et, sans qu’ils puissent nous pincer, les jeter dans notre seau, cage provisoire pour nos prisonniers. A la fin de notre pêche, on renversait nos seaux et ils repartaient libres et sans rancœur pour la frayeur que nous leur avions faite Nous n’étions pas méchants et ils étaient trop petits…..pour passer à la casserole. L’équipe de foot. Il fallait s’entraîner dur pour battre à plate couture l’équipe du quartier d’à côté. Dans la notre, il y avait deux vrais jumeaux. Ils se ressemblaient tellement que nous les confondions. Ils s’en amusaient bien et même en rajoutaient. Ils jouaient très bien, et chacun jouaient dans l’équipe opposée. Les maillots étaient trop chers à l’achat et les distinguer était impossible. Combien n’ai-je reçu de petites engueulades pour mettre trompé de partenaire. Un jour, trait de génie, on les identifia, par un bandeau de couleur différente sur la tête. Ils s’appelaient TRULU, si ma mémoire est bonne ! Adorables garçons, mais un peu filous quand même ! Les vers à soie. Ce fut un élevage de grande production pendant nos années d’enfance. Après avoir acquis ces gros vers blancs, il nous fallait les nourrir avec des feuilles de mûrier que nous allions chercher vers l’Eglise orthodoxe toute blanche que nous atteignons après avoir longé et traversé la voie ferrée. Il était là notre arbre, planté à 10 mètres. Il était haut, il était beau, il nous tendait ses grosses branches remplies de larges et belles feuilles vertes que nous cueillons pour en remplir nos sacs. Nos vers à soie placés dans des boites à chaussures étaient voraces à l’extrême, mais ils nous récompensaient par la production de cocons multicolores que l’on gardait précieusement. Nous étions fiers de produire de la matière première à une étoffe de luxe. La nature prenant le dessus, la chrysalide devenue papillon faisait son trou, et après avoir déployé ses belles ailes s’envolait vers une destination inconnue. Aujourd’hui, le mûrier à disparu et il n’y a plus de cocon. Les maisons l’ont remplacé. Adieu ami ! Il s’appelait BRUN. Il avait sept ans. Un jour qu’il était en promenade sur la route de Ferryville et qu’il traversait le passage à niveau non gardé, la micheline rouge et blanche qui tractait le train l’a fauché lui ôtant la vie. Je revois encore son visage plein de gentillesse, je revois encore l’arrivée au cimetière de ce convoi funèbre avec sa voiture noire. Il y avait beaucoup de monde qui suivaient à pied, et beaucoup pleuraient cet enfant, cet ami, ce camarade. Sous les eucalyptus qui bordent sa dernière demeure, j’ai eu l’horrible vision de ces quatre grands pompons blancs plantés aux quatre coins du corbillard qui se détachaient dans le ciel. Je crois que là, depuis ce drame et pour la première fois des larmes me sont montées aux yeux. Même à 8 ans on ne peut s’empêcher d’être triste et de pleurer. Il y a parfois des images fortes que l’on voudrait oublier mais que notre mémoire stocke tant elles sont imprimées. Le SNB. Les méduses l’avaient envahi. L’une d’elles d’un diamètre de un mètre s’était échouée sur le bord de la plage, à côté du ponton. Elle avait dû être gracieuse et belle à voir nager. Etalée sur le sable, elle était devenue visqueuse et dégoûtante. Chose étrange, pendant deux jours des ballets de petites méduses nageaient là où nous aimions plonger. Et puis elles partirent. On ramassa les restes gluants du monstre échoué. On l’aimait bien quand même cette méduse molasse sauf qu’elle nous avait empêché pendant 2 jours de goûter au plaisir de nos courses sur le ponton qui se terminaient toujours par un envol majestueux, tête première dans l’eau. Je me souviens qu’un jour, des nageurs de grande classe vinrent goûter aux joies de notre piscine d’eau de mer. Ils venaient de loin, ils avaient quitté la Métropole. Des vedettes ils étaient. Des surhommes ils devinrent par nos yeux admirés. Ils nageaient vite, très vite. Ils nageaient vite et bien. Ils battirent des records par nous-mêmes établis. Nous ne leur en avons jamais voulu. L’un d’eux fut d’ailleurs un très grand monsieur. Il s’appelait Alex JANY. Lorsqu’il y avait un match de water-polo, les tribunes se remplissaient et étaient noires de monde. En spectateurs avertis ils applaudissaient une belle passe, un coup au but, mais surtout, lorsque le goal par des mouvements rapides de ses jambes semblait sortir entièrement de l’eau pour bloquer un tir adverse. Les joueurs d’une équipe avaient de jolis bonnets bleus et les autres des blancs. Moi je pestais un peu. Je ne comprenais pas que pour gagner ou conserver la balle, il fallait faire « boire la tasse » à son adversaire. Ce n’était pas très sport mais je sais que celle du SNB, mieux que les autres équipes, savait faire couler ceux qui s’approchaient trop prés de leur cage bien gardée. Ils défendaient leur place de leader et savaient enfoncer mieux que qui conque la tête dans l’eau de leurs adversaires, prétendants au but, qui s’approchaient trop prés des buts….inconscients qu’ils étaient ! Les plongeons. ![]() Au SNB, il y avait à l’extrémité du ponton, un « petit plongeoir » en ciment, avec dans l’eau, une échelle en fer toute rouillée pour l’escalader. Nous plongions sans problème, tête première, sous le regard admiratif des filles. Un peu plus loin, il y avait le « grand plongeoir » avec son tremplin à 5 mètres et plus. Les plus courageux s’y risquaient, et, après un court élan, semblaient s’envoler sous les yeux admiratifs des filles avant de s’enfoncer dans l’eau dans une gerbe d’écume. Il y avait la crainte et la peur de mal plonger, de se faire mal au dos dans une mauvaise réception. Mais il y avait des encouragements silencieux dans les regards furtifs des filles. C’était l’âge où nous ne savions pas encore que la conquête d’un cœur féminin s’exprime par le charme naturel que l’on n’explique pas. Cela aurait sans doute évité à certains de se faire mal au dos ou de faire un plat. Ma première compétition. Je nageais comme un pied, mais un pied qui flottait. J’avançais quand même un peu et je fus sélectionné pour un 50 mètres nage libre. Je voulais gagner. Je me suis même doper en prenant 2 morceaux de sucre avant de plonger. Je n’avais jamais aussi mal nagé, sans doute excité comme on peut l’être quand la gloire vous attend et je terminais deuxième sur 6 ! Ce n’était quand même pas si mal, mais il est vrai que pour compléter les lignes d’eau qui seraient restées vides, l’organisateur les avait complétées avec des demoiselles bien plus jeunes que moi……et qui nageaient en brasse. On tire sa première gloire d’où on peut, comme on peut ! Les loisirs. Les distractions. La plage, le SNB, Zarzouna, le Casino, le Majestic, le vélo. Je me souviens des cirques qui se déployaient sur la Place Madon. Ils étaient immenses et leurs ménageries redoutables. La sortie étant prévue en soirée, la sieste était obligatoire l’après-midi, mais le soir, c’était le régal de l’enfant ébloui ! L’exposition de la baleine Jonas est restée dans ma mémoire. Elle faisait 20 mètres. Ses dents étaient en pailles. J’étais déçu, moi qui rêvais de grosses canines ! Au cinéma, c’était Les Pirates, Michel Strogoff. A l’école Blanc, nous nous chamaillions entre les deux grands chanteurs de l’époque : Tino Rossi et Luis Mariano. Tout naturellement, les Corses soutenaient l’un et mes camarades espagnols ou d’origine italienne, l’autre. Nous allions souvent au port voir le « Villes de Tunis », « le Ville d’Alger », ou le « Président Cazalet » qui virait de bord dans le Canal. Leurs coques noires et hautes nous rendaient petits. Je crois qu’ils nous impressionnaient beaucoup ! 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